Vendredi 18 septembre 2009

A la Réunion, la mouche bleue, bête noire des apiculteurs

La «Cibdela Janthina», importée pour éliminer une plante, nuit aux abeilles.

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De notre correspondant à la Réunion Laurent DECLOITRE


(papier paru dans le Libé du 18 septembre 09, consultatble à la rubrique Terre )

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Voici le papier envoyé à Libé :

LA LUTTE BIOLOGIQUE REMISE EN CAUSE A LA REUNION
Mouche bleue contre mouche à miel

De notre correspondant, Laurent DECLOITRE

Les savants du Cirad ont-ils joué aux « apprentis-sorciers » à La Réunion ? Sont-ils responsables d’une « catastrophe écologique », comme le dénoncent d’une même voix les apiculteurs de l’île, le conseil régional et la presse locale ? La cause de ce bourdonnement assourdissant est un insecte de l’ordre des guêpes, dépourvu de dard, appelé mouche bleue. Le Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement a lâché, début 2008, 400 de ces Cibdela Janthina dans la nature, des tenthrèdes ramenées dans des colis hermétiques de l’île de Sumatra, en Indonésie.
Quelle mouche a piqué les chercheurs du Cirad ? La Réunion abrite plus de 200 plantes endémiques, qui n’existent nulle part ailleurs au monde. Un réservoir exceptionnel de biodiversité, menacé par les pestes végétales, des espèces introduites par l’homme qui prolifèrent, comme la vigne marronne. Cette ronce envahissante est une plaie pour les randonneurs, les agriculteurs, les forestiers. Mais pas en Indonésie, où le Rubus Alceifolius se fait croquer par les larves… de la mouche bleue.

A Montpellier puis à Saint-Pierre, dans le sud de l’île, le Cirad a alors étudié la Cibdela, élevée dans un phytotron étanche. Objectif : vérifier que ses larves n’allaient pas dévorer d’autres plantes. Après quatre ans de recherche, le préfet autorise la lutte biologique.
La chenille beige tient ses promesses : sur les deux spots de lâchers, dans l’Est de l’île, la vigne marronne broie du noir. « On a des souches mortes, comme si on avait passé de l’herbicide », zonzonne Bernard Reynaud, directeur de l’unité Peuplements végétaux et bio-agression en milieu tropical du Cirad. Pourtant, les chercheurs sont aujourd’hui sommés par le conseil régional et la préfecture de stopper l’expérimentation. En détruisant la vigne marronne, les chenilles de la mouche bleue privent les abeilles d’une plante mellifère recherchée pour son nectar ! Prosper Dambreville, armé de son enfumoir, ouvre trois de ses 120 ruches, posées non loin d’une friche autrefois envahie de Rubus. Tous les rayons sont vides, l’apiculteur est catégorique : « C’est la faute à ces bestioles ». Même sort pour les 205 ruches de Pascal Faustin. « La mouche bleue, c’est une grenade, pire qu’un cyclone ! », grince le professionnel.
Benoît Giraudet, président du syndicat local des apiculteurs, réclame « l’éradication » de la Cibdela et une indemnité de 115 euros par ruche. Mais s’il a déposé une requête au tribunal administratif, c’est pour d’autres raisons encore. Les mouches bleues feraient concurrence aux mouches à miel -le surnom créole des abeilles- en butinant les fleurs de letchis et de baies roses (le faux poivrier).
Coupe-coupe à la main, Gilles Robert nous guide à travers les 400 letchis de son verger embroussaillé, dans la commune rurale de Sainte-Rose. Des nuages de mouches bleues recouvrent les arbres fruitiers. Impressionnant. « L’an dernier, ça ronflait d’abeilles », soulève l’agriculteur qui n’avait « jamais vu ça ».
Bernard Reynaud reconnaît que le Cirad n’avaient pas prévu un tel comportement « nectarivore ». Pour les apiculteurs, c’est la preuve du « couillonisme » des chercheurs. Et de craindre non seulement pour la survie des abeilles, mais aussi pour l’ensemble de l’écosystème insulaire : les mouches bleues étant moins bonnes pollinisatrices que les mouches à miel, les arbres risqueraient de ne plus fructifier.
Le Cirad assure du contraire mais, sous la pression, a dû lancer des études complémentaires. Des letchis ont été enveloppés de moustiquaires étanches, sous lesquels ont été introduites 1000 abeilles ici, 1000 tenthrèdes là. Des fleurs sont filmées en gros plan 24h/24, afin d’analyser les interactions entre les deux insectes. Les résultats seront connus dans un mois environ.
En attendant, entre deux piqures au doigt et à l’oreille, nous avons constaté dans plusieurs vergers une cohabitation a priori tranquille d’abeilles et de tenthrèdes. Les jaunes virevoltent d’une fleur à l’autre, rapides, efficaces, les bleues lèchent paresseusement les bouquets ; les deux insectes s’ignorent, côte à côte. Des letchis sont déjà couverts de fruits verts, d’autres non, alors que les arbres ont été butinés indifféremment par les Cibdela et les abeilles. Même impression rassurante lorsque Magdi Fridmann, un jeune apiculteur professionnel, revient de la pesée de ses ruches, placées sous scellé pour les besoins de l’expérience. « Elles ont pris trois kilos en l’espace d’une semaine, c’est la norme ». La preuve que les abeilles continuent de produire du miel.

 

La lutte biologique menacée
Les méthodes traditionnelles, mécanique et chimique, pour venir à bout des espèces envahissantes sont coûteuses, risquées pour l’environnement et peu efficaces. Beaucoup d’espoirs se sont portés sur la lutte biologique, qui risque de pâtir de la polémique provoquée par la mouche bleue.
Ainsi, les autorités ont stoppé net d’autres expérimentations, invoquant le principe de précaution. Des charançons devaient être introduits sur l’île pour détruire une jacinthe d’eau, véritable peste végétale dans l’ouest. Ils sont maintenus en quarantaine. « C’est une méthode connue depuis des années et utilisée dans de nombreux autres pays. Il ne faut pas que les abeilles jettent l’opprobre sur l’ensemble de la lutte biologique », regrette Jacques Rochat, entomologiste et vice-président du Conseil scientifique régional du patrimoine naturel. A La Réunion, un micro-champignon a été introduit pour détruire les larves d’un hanneton, qui mangeait les racines de la canne à sucre ; une petite guêpe inoffensive a également été lâchée il y a cinq ans sur l’île pour se débarrasser de la mouche des fruits, un ravageur des mangues locales. Deux succès indéniables.


 

Et après ?

A Bois-Blanc, une forêt classée espace naturel sensible, deux tiers des ronces sont déjà détruites. Des pieds de Bois de corail ou de Joli coeur, des arbres endémiques, ont même germé sur l’espace libéré. Cela étant, d’autres pestes végétales, comme la liane Merremia Pelpata ou le tabac Bœuf, semblent eux aussi en profiter pour se développer. Pour le Cirad, ce risque existe. "Si l'on ne veut pas que d'autres pestes végétales remplacent la vigne marronne, prévient Bernard Reynaud, l'ONF et ses partenaires doivent mener une politique active pour favoriser le développement d'espèces endémiques".


Les mouches bleues sur les fleurs

« A Sumatra, les mouches bleues n’ont jamais été observées sur les fleurs »... Les expéditions menées par le Cirad en Indonésie n'avaient pas permis de montrer que la tenthrède pouvait butiner... Là-bas, assure le Cirad, elle se nourit d'eau fraîche et d'amour... "La Réunion, zone tropicale, étant moins humide que la zone équatoriale, les mouches bleues ont peut-être besoin de compenser le manque d'eau avec du nectar pour se développer", suppose Bernard Reynaud.

 



Par Laurent DECLOITRE - Publié dans : Articles parus dans Libération - Communauté : Les articles sur La Réunion
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Samedi 29 août 2009

Roselyne Bachelot en visite médicale à la Réunion

Grippe A . La ministre de la Santé est arrivée vendredi dans l’île où au moins 22 000 personnes ont contracté le virus.

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La Réunion, de notre correspondant LAURENT DECLOITRE

Samedi 29 août 2009

Une île-éprouvette ? Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, et Marie-Luce Penchard, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, sont arrivées vendredi matin à la Réunion pour observer in vivo la progression du virus H1N1. Une visite de deux jours, «dans une logique d’anticipation et de préparation à la gestion de l’épidémie», précise un communiqué ministeriel. En clair, voir comment le département se débrouille face à la grippe A, qu’ont déjà contractée entre 22 000 et 30 000 habitants, selon les estimations. Puis en tirer des leçons pour la métropole, encore relativement épargnée.

Les Réunionnais s’estimant transformés en cobayes, Roselyne Bachelot a vite corrigé le tir. «La Réunion n’est pas un laboratoire, a-t-elle assuré depuis le centre hospitalier régional (CHR) de Bellepierre, à Saint-Denis. C’est le premier département de France en phase épidémique, ma visite s’imposait naturellement.»

L’île déplore deux décès et une vingtaine de patients sont hospitalisés, dont trois dans un état sérieux. Plus de 14 300 élèves sont absents des cours, soit 6,5 % des effectifs de l’académie, mais aucune école n’a fermé (la rentrée a eu lieu le 18 août). Ce qui incite le recteur Mostafa Fourar à adresser un message optimiste à la métropole :«Pas d’affolement, il faut rester serein.»

En attendant, la ministre a annoncé l’envoi à la Réunion de près de 2 millions de masques «antiprojections», de 600 000 masques FFP2 pour les professionnels et de 41 000 doses de Tamiflu. Trois épidémiologistes et un médecin de santé publique arrivent également en renfort. Jean-Claude Saly, chef du laboratoire d’hémato-bactério-virologie au CHR, ne peut qu’apprécier :«C’est hard, on a dû organiser des astreintes le week-end.» Petite voix, mine fatiguée, Patricia Pigeon-Kherchiche renchérit. La chef du service pédiatrie indique manquer de 19 infirmières, en raison des personnels grippés et d’un «déficit structurel». Elle interpelle la ministre, parle de «saturation des services d’urgence, au détriment des cas pédiatriques graves». Pour autant, les urgences étaient presque désertes vendredi…

Roselyne Bachelot, un peu enrhumée, serre les mains, fait la bise, assure le personnel de son «admiration», promet que les Réunionnais pourront se faire vacciner comme l’ensemble des Français «mi-octobre». Trop tard, déplore l’union régionale des médecins libéraux, le pic épidémique devrait alors être passé dans l’île.

Toujours sans masque, mais sortant cette fois sa casquette de ministre des Sports, Roselyne Bachelot réagit à l’annulation en métropole des deux matchs de l’équipe de rugby de Castres dans le Top 14, pour cause de joueurs grippés. «On réfléchit à un protocole qui concernera les manifestations sportives, mais aussi culturelles, voire politiques.» Le virus «très contaminant mais peu virulent» autorisant un ton plus léger, elle ajoute : «Ne pensez pas que je veux interdire l’université d’été du PS à La Rochelle, même si certains se sont pris en grippe.»

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Samedi 29 août 2009

Roselyne Bachelot se prépare à la grippe depuis la Réunion

Grippe A . La ministre de la Santé est arrivée hier dans l’île où au moins 22 000 personnes ont contracté le virus.

Une île-éprouvette ? Roselyne Bachelot, ministre de la Santé, et Marie-Luce Penchard, secrétaire d’Etat à l’Outre-Mer, sont arrivées vendredi matin à La Réunion pour observer in vivo la progression du virus H1N1. Une visite de deux jours, «dans une logique d’anticipation et de préparation à la gestion de l’épidémie», précise un communiqué ministeriel. En clair, voir comment le département se débrouille face à la grippe A, qu’ont déjà contractée entre 22 000 et 30 000 habitants, selon les estimations. Puis en tirer des leçons pour la métropole, encore relativement épargnée.

Les Réunionnais s’estimant transformés en cobayes, Roselyne Bachelot a vite corrigé le tir. «La Réunion n’est pas un laboratoire, a-t-elle assuré depuis le centre hospitalier régional (CHR) de Bellepierre, à Saint-Denis. C’est le premier département de France en phase épidémique, ma visite s’imposait naturellement.»

L’île déplore deux décès et une vingtaine de patients sont hospitalisés, dont trois dans un état sérieux. Plus de 14 300 élèves sont absents des cours, soit 6,5 % des effectifs de l’académie, mais aucune école n’a fermé (la rentrée a eu lieu le 18 août). Ce qui incite le recteur Mostafa Fourar à adresser un message optimiste à la métropole : « Pas d’affolement, l'expérience montre que les enseignants et les parents restent sereins.» Pas si sûr... (voir par ailleurs)

En  attendant, la ministre a annoncé l’envoi à La Réunion de près de 2 millions de masques «antiprojections», de 600 000 masques FFP2 pour les professionnels et de 41 000 doses de Tamiflu. Trois épidémiologistes et un médecin de santé publique arrivent également en renfort. Jean-Claude Saly, chef du laboratoire d’hémato-bactério-virologie au CHR, ne peut qu’apprécier :«C’est hard, on a dû organiser des astreintes le week-end.» Petite voix, mine fatiguée, Patricia Pigeon-Kherchiche renchérit. La chef du service pédiatrie indique manquer de 19 infirmières, en raison des personnels grippés et d’un «déficit structurel». Elle interpelle la ministre, parle de «saturation des services d’urgence, au détriment des cas pédiatriques graves». Pour autant, les urgences étaient presque désertes vendredi…

« C’est tendu, mais pour l’instant on tient », confirme Guy Henrion, qui a « dédié » dans son service un accueil spécifique aux grippés. Peine perdue ! Rouhia berce sa petite Kélia de huit mois, en pleurs, le nez pris. « Ça fait trois jours qu’elle a de la fièvre, le médecin m’a dit d’aller aux urgences », raconte la maman, au milieu de malades… dans la salle d’attente réservée aux « autres consultations ».

Roselyne Bachelot, un peu enrhumée, serre les mains, fait la bise, assure le personnel de son «admiration», promet que les Réunionnais pourront se faire vacciner comme l’ensemble des Français «mi-octobre». Trop tard, déplore l’union régionale des médecins libéraux, le pic épidémique devrait alors être passé dans l’île.

Toujours sans masque, mais sortant cette fois sa casquette de ministre des Sports, Roselyne Bachelot réagit à l’annulation en métropole des deux matchs de l’équipe de rugby de Castres dans le Top 14, pour cause de joueurs grippés. «On réfléchit à un protocole qui concernera les manifestations sportives, mais aussi culturelles, voire politiques.» Le virus «très contaminant mais peu virulent» autorisant un ton plus léger, elle ajoute : «Ne pensez pas que je veux interdire l’université d’été du PS à La Rochelle, même si certains se sont pris en grippe.»

Ecoles grippées

A ce jour, dans l’académie de La Réunion, lorsqu’un maître est grippé, soit les écoliers sont renvoyés chez eux, soit l’enseignant est remplacé. « Dans ce cas, les élèves restent en classe, au risque de contaminer l’ensemble de l’école ! C’est une situation très mal gérée, incohérente d’une circonscription à l’autre », dénonce Didier Gopal, secrétaire départemental du Snuipp-FSU. Directeur de l’école Reydellet, à Saint-Denis, l’enseignant comptabilise près de 50 enfants absents sur 178 : « Une collègue a contracté la grippe, toute sa classe est tombée malade ! C’est bien la preuve que l’école est LE lieu de propagation du virus ». Erik Chavriacouty n’est pas étonné. « Il n’y a pas d’infirmière dans les écoles, rappelle le secrétaire général de l’Unsa-Education. Le maître doit repérer les états grippaux et demander aux parents de prendre leur enfant. Mais certains élèves reviennent après deux jours seulement ! »
Sylvie, maman d’Emilia, en CM2, se justifie : « Les garder une semaine ? Si on travaille, comment on fait ?! Après tout ce n’est qu’une grippe, faut pas s’affoler ». Devant les grilles de l’école Commune-Prima, Claudia est plus « inquiète ». « Si l’épidémie se propage, il faut fermer les écoles. Je suis prête à garder mes deux filles à la maison », assure la mère de Clorimar, en moyenne section, qui tousse sans prendre garde face à sa petite sœur Horimia…
Fermer, comme l’a fait l’île voisine Maurice? L’académie de La Réunion serait d’ores et déjà paralysée si le rectorat appliquait à la lettre les directives du ministre de l’Education, selon qui trois cas de grippe dans une classe motivent l’arrêt des cours. « Cela se justifie si l’épidémie n’est pas en plein développement, nuance le directeur de cabinet du recteur. Nous, on a passé ce stade, on n’en voit pas la pertinence ». « Même s’il y a 30% d’absents ? », s’interroge un enseignant, qui dit manquer « d’informations claires » et gère son école « au petit bonheur la chance ».

 

Pression maladroite sur les journalistes

Pierre Verges, président de Ile de La Réunion Tourisme,  a écrit au préfet de La Réunion et aux ministres pour leur demander de « modérer le discours alarmiste des médias nationaux ». Le vice-président du conseil régional a encore en mémoire « les dégâts collatéraux » sur l’économie de l’île qu'aurait causés le caractère "sensationnaliste" des articles et reportages réalisés lors de l'épidémie du chikungunya. Où se croit donc Paul Vergès ? Qu'il demande à l'Etat de ne pas en rajouter sur l'épidémie de grippe A, il est dans son rôle ; qu'il souhaite museler la presse, il se trompe d'époque...

 

Un oeil sur la grippe

Roselyne Bachelot a profité de sa visite de l'hôpital Bellepierre, à Saint-Denis, pour se faire examiner par un médecin. La ministre, par ailleurs enrhumée, souffrait d'un froid à l'oeil, en raison d'une climatisation "trop sèche" dans l'avion qui l'a emmenée à La Réunion.


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Mercredi 26 août 2009
Société 24/08/2009 à 06h51

Chikungunya : piqûre de rappel à La Réunion

Un cas avéré du virus a été signalé sur l’île de l’Océan indien.

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Par LAURENT DECLOITRE LA RÉUNION, de notre correspondant

Pas de chance ! Comme si les 30 000 cas de grippe A ne suffisaient pas (lire page ci-contre), La Réunion replonge dans les affres du chikungunya. Pour la première fois depuis la fin de l’épidémie qui avait causé la mort de 254 personnes et fait 266 000 malades en 2005-2006, trois cas de chikungunya «autochtone», un «avéré» et deux «probables», ont été signalés la semaine dernière sur la côte ouest, dans un quartier de Saint-Gilles-les-Bains. Aucun des patients, victimes d’une forte fièvre, de douleurs articulaires et d’éruptions cutanées, n’avait voyagé à Madagascar, en Inde ou en Thaïlande, où la maladie du «dos courbé», transmise par le moustique Aedes Albopictus, sévit toujours.

Combinaison. Le centre national de référence des arboviroses de l’institut Pasteur, à Paris, où les prélèvements ont été envoyés, doit confirmer dans les prochains jours cette réémergence surprise et inquiétante du virus «pays». En attendant, le service de lutte antivectorielle (LAV) de la Drass (direction régionale des affaires sanitaires et sociales) de La Réunion a pris «toutes les mesures nécessaires», insiste Gaëlle Fohr, responsable adjointe. A pied ou perchés sur des 4 x 4, de jour et de nuit, les agents, en combinaison blanche, protégés par des masques, ont pulvérisé de la déltaméthrine dans le quartier concerné. Un produit «très toxique» qui tue les moustiques adultes. Les larves de l’Aedes ont été détruites directement dans les jardins à l’aide d’un produit biologique, le BTI. Une réaction rapide, à la mesure des enjeux sanitaires. C’est l’hiver austral à La Réunion, la saison fraîche et sèche, normalement peu propice à la prolifération du moustique. Si le mal n’est pas étouffé dans l’œuf, l’épidémie risque de repartir avec l’arrivée de l’été, chaud et humide.

Or, d’une part, 62 % de la population est encore «naïve» : les habitants non contaminés il y a trois ans n’ont pas développé d’immunité. D’autre part, contrairement à ce que déclarait Xavier Bertrand en 2006, alors ministre de la Santé, aucun médicament n’est encore disponible. Quant au vaccin, la France a abandonné les recherches ! Une souche vaccinale américaine, sur laquelle se fondaient tous les espoirs, ne présentait pas des garanties suffisantes d’innocuité.

Eric Latchoumaya, sapeur-pompier, l’un des premiers à avoir contracté la maladie en mai 2005, est encore traumatisé. «Je n’ai jamais récupéré la forme», se plaint le quadragénaire qui craint pour son fils et son épouse. «Les autorités se sont dit que c’était terminé et ont relâché leur vigilance», dénonce-t-il. Un sentiment partagé par beaucoup. Christine Gaudy tient un magasin dans le quartier de Saint-Gilles où le chikungunya vient de frapper. «Dans la ravine (1) d’à côté, c’est rempli de rats et de moustiques. J’ai appelé la Drass plusieurs fois pour qu’ils nettoient l’eau croupie, en vain !» jure la commerçante.

Catastrophe. Pourtant, à la suite de l’épidémie de 2005-2006, un service de prophylaxie renforcé a été créé, associant les collectivités à la Drass. Depuis, les 450 km de 297 ravines en zone urbaine sont «régulièrement» traités. L’an dernier, 115 000 maisons auraient été contrôlées. Les autorités, qui avaient sous-estimé il y a trois ans la catastrophe, ne veulent plus être prises en défaut. De fait, il est peu probable que le département soit de nouveau confronté à une telle pandémie.

(1) Lit de rivière.

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Mardi 25 août 2009
Ile de La Réunion
Au secours, le chik revient !


Pas de chance ! Comme si les 30 000 cas de grippe A ne suffisaient pas (voir par ailleurs), La Réunion replonge dans les affres du chikungunya. Pour la première fois depuis la fin de l’épidémie qui avait causé la mort de 254 personnes et fait 266 000 malades en 2005-2006, trois cas de chik « autochtone », un « avéré » et deux « probables », ont été signalés la semaine dernière sur la côte ouest de l’île, dans un quartier de Saint-Gilles-les-Bains. Aucun des patients, victimes d’une forte fièvre, de douleurs articulaires et d’éruptions cutanées, n’avait voyagé les jours précédents dans la région. Ni à Madagascar, ni en Inde ni en Thaïlande, où la maladie du « dos courbé», transmise par le moustique Aedes Albopictus, sévit toujours.
Le centre national de référence des arboviroses de l’institut Pasteur, à Paris, où les prélèvements ont été envoyés, doit confirmer dans les prochains jours cette réémergence surprise et inquiétante du virus « pays ». En attendant, le service de lutte anti-vectorielle (LAV) de la Drass de La Réunion a pris « toutes les mesures nécessaires », insiste Gaëlle Fohr, responsable adjointe. A pied ou perchés sur des 4x4, de jour et de nuit, les agents, en combinaison blanche, protégés par des masques, ont pulvérisé de la déltaméthrine dans le quartier concerné. Un produit « très toxique » qui tue les moustiques adultes. Les larves de l’Aedes ont été détruites directement dans les jardins à l’aide d’un produit biologique, le BTI.
Une réaction rapide, à la mesure des enjeux sanitaires. C’est l’hiver austral à La Réunion, la saison fraiche et sèche, normalement « peu propice » à la prolifération du moustique. Si le mal n’est pas étouffé dans l’œuf, l’épidémie risque de repartir avec l’arrivée de l’été, chaud et humide. Or d’une part, 62% de la population est encore « naïve » : les habitants non contaminés il y a trois ans n’ont pas développé d’immunité. D’autre part, contrairement à ce que déclarait Xavier Bertrand en 2006, alors ministre de la Santé, aucun médicament n’est encore disponible. Quant au vaccin, la France a abandonné les recherches ! Une souche vaccinale américaine, sur laquelle se fondaient tous les espoirs, ne présentait pas des garanties suffisantes d’innocuité.
Eric Latchoumaya, sapeur-pompier, l’un des premiers à avoir contracté la maladie en mai 2005, est encore traumatisé. « Je n’ai jamais récupéré la forme », se plaint le quadragénaire qui craint aujourd’hui pour son fils et son épouse. « Les autorités se sont dit que c’était terminé et ont relâché leur vigilance », dénonce-t-il. Un sentiment partagé par beaucoup. Christine Gaudy tient un magasin de mode dans le quartier de Saint-Gilles où le chik vient de frapper. « Dans la ravine* d’à côté, c’est rempli de rats et de moustiques. J’ai appelé la Drass plusieurs fois pour qu’ils nettoient l’eau croupie, en vain ! », jure la commerçante.
Pourtant, suite à l’épidémie de 2005-2006, un service de prophylaxie renforcé a été créé, associant les collectivités à la Drass. Depuis, les 450 km de 297 ravines situées en zone urbaine sont « régulièrement » traités. L’an dernier, 115 000 maisons auraient été contrôlées. Les autorités, qui avaient sous-estimé il y a trois ans l’ampleur de la catastrophe sanitaire, ne veulent plus être prises en défaut. De fait, il est peu probable que le département soit de nouveau confronté à une telle pandémie. Pour autant, le moustique tigré va encore fragiliser la destination Réunion. Le nombre de touristes n’a toujours pas rattrapé le niveau de 2004 (432 000 visiteurs à l’époque contre 396 000 l’an dernier). Pierre Vergès, président de l’IRT (Ile de La Réunion Tourisme) espère que le slogan de la nouvelle campagne, qui débute demain sur l’ensemble de la France, va rassurer les métropolitains : « Chez nous, vous êtes chez vous ». Il est vrai que des cas de chik avaient été signalés en 2006 dans la région de Nice et de Menton. Comme à La Réunion…
* lit de rivière

30 000 cas de grippe A
Selon la préfecture de La Réunion, au 9 août dernier, 7800 Réunionnais avaient contracté le virus H1N1 de la grippe A depuis le début de la pandémie, en juin. Des chiffres dépassés et très éloignés de la réalité. La Cellule interrégionale d’épidémiologie Réunion-Mayotte (Cire) estime que « 30 000 personnes ayant présenté une grippe clinique depuis le 5 juillet auraient eu un résultat positif en A(H1N1)2009 si elles avaient été prélevées ». L’estimation remonte au 21 août ; aujourd’hui, vu les courbes de progression, on approche sans doute les 40 000 cas. « Contrairement à la grippe saisonnière, soupire Laurent Filleul, le coordonnateur scientifique de la Cire, on ne constate pas de décroissance en cette fin du mois d’août et d’hiver austral. On est même en pleine dynamique ». A tel point que des pharmacies se sont retrouvées la semaine dernière en rupture de Tamiflu ; la Drass a dû leur livrer d’urgence 2500 boites prélevées sur le stock Etat. Trois patients ont été hospitalisés au service de réanimation du CHR de Saint-Denis : un jeune de 17 ans a pu regagner son domicile, une femme et un homme de 45 ans sont toujours dans un état sérieux mais « stabilisé ».
Selon le rectorat, 1,3% des élèves - un peu moins de 3000 enfants  - sont absents pour cause de grippe (la rentrée a eu lieu mardi dernier). Des écoles avaient annoncé leur intention de fermer leurs portes aujourd’hui. Pour le directeur de cabinet du préfet, cela se justifie  « si l’épidémie n’est pas en plein développement ». « Nous, assure-t-il, on a passé ce stade, on ne voit pas la pertinence de fermer une classe ». En clair, pas question d’appliquer à la lettre les recommandations du ministre de l’Education : sinon, c’est déjà toute l’académie de La Réunion qui serait paralysée ! L’île voisine de Maurice, qui a enregistré 5 décès, a elle décidé de fermer ses écoles pendant dix jours.
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Vendredi 21 août 2009

En septembre 2006, le ministre de l'outre-mer de l'époque déclarait à Libé que le retour du chik était "inévitable" avec la venue des chaleurs de l'été austral. Les autorités se trompaient une fois de plus !  En 2005, elles n'avaient pas prévu l'arrivée de l'épidémie et avaient ensuite minimisé les dégâts du virus ; en 2006, elles criaient cette fois au loup, histoire d'ouvrir le parapluie. Mais le chikungunya disparaissait aussi vite qu'il était apparu : deux mois après les déclarations alarmistes de Baroin, la Drass n'enregistrait plus aucun nouveau cas !

Et voilà qu'aujourd'hui, en plein hiver austral, période sèche et fraîche à La Réunion, le virus fait son retour. Encore à la surprise générale. Trois personnes ont contracté la maladie ces derniers jours, à Saint-Gilles, dans l'ouest de l'île. Les analyses ne laissent aucun doute. L'épidémie va-t-elle de nouveau paralyser le département, encore meurtri par cette pandémie ? Alors que toutes les attentions se portaient jusque-là sur le virus de la grippe A, autrement moins dangereux, la Drass a semble-t-il pris la mesure du risque et désinsectisé le quartier où le moustique a frappé.

Ci-dessous l'article paru dans Libération du 6 septembre 2006.

«Le retour du chikungunya est inévitable»

La Réunion correspondance
6/9/2006

Le convoi ministériel arrive à l'école du Douzième kilomètre, au Tampon, une commune des «hauts» de l'île relativement épargnée par le chikungunya. Les élèves de CM1 et CM2 montrent fièrement à François Baroin une BD en français et en créole sur la façon de se protéger de l'Aedes albopictus (le moustique à l'origine de l'épidémie qui a touché 266 000 personnes et fait 246 morts). Mais Marie-Josette Rivière, mère de famille de 63 ans, en veut toujours à l'Etat. « Après avoir été piquée, je suis restée paralysée des mois. J'avais les mains gonflées comme des pattes de tortue et je souffrais ». Pour Marie-Josette, ces souffrances auraient pu être évitées « si la Drass de l'époque avait fait son travail au moment où il était encore temps ». Alors que le service de prophylaxie des affaires sanitaires et sociales comptait 238 agents en 1979, année où le paludisme fut officiellement éradiqué de la Réunion, ils n'étaient plus qu'une poignée en mars 2005, veille de la crise sanitaire actuelle, à pulvériser insecticides et larvicides dans les zones à risque.

Hiver austral. Avec l'arrivée de l'hiver austral, en juin, les chaleurs et les pluies ont diminué, les insectes se sont faits plus rares, les malades aussi. La cellule interrégionale d'épidémiologie a comptabilisé, la semaine dernière, «entre 10 et 30 personnes infectées», contre plus de 40 000 par semaine en février. Une évolution prévisible qui a incité les pouvoirs publics à alléger le dispositif de lutte antivectorielle. La préfecture annonce désormais 1 300 agents «engagés sur le terrain», contre plus de 3 000 au moment du pic épidémique.

Pourtant, du hall de l'aéroport Roland-Garros, François Baroin a clairement reconnu que le «retour à la maladie était inévitable». Les spécialistes pensent, en effet, qu'il aurait fallu «trois semaines d'affilée avec zéro nouveau cas» pour que l'épidémie soit rayée de la carte insulaire. Le Dr Antoine Flahault, de la cellule nationale de coordination des recherches sur le chikungunya, prévoit que 10 % de la population réunionnaise sera touchée tous les ans pendant plusieurs années.

Gîtes larvaires. Le traitement intensif, aux effets parfois nocifs, des écoles, des rivières, des décharges, des cimetières et de 200 000 maisons individuelles n'aura donc pas suffi. Ni les campagnes de sensibilisation incitant les Réunionnais à nettoyer régulièrement leur jardin, à jeter l'eau des fleurs ou à enlever les dessous de pots, autant de «gîtes larvaires» potentiels.

La déclaration du ministre de l'Outre-Mer inquiète surtout les professionnels du tourisme, menacés de perdre 40 % de leurs 6 500 emplois directs si le nombre de visiteurs continue de chuter. Or, sur les 60 millions d'euros d'aides exceptionnelles promis par le Premier ministre en mai, seuls 10 ont été consommés à ce jour. «Les 50 millions restants ne doivent pas être rapatriés. Ils doivent profiter à l'industrie touristique», demande Eric Magamootoo, président de la chambre de commerce et d'industrie de la Réunion, qui souhaite une révision des critères d'attribution.

Espoirs. De son côté, Josette Brosse, présidente de l'association l'Ile de la Réunion contre le chik, n'attend rien de la visite de François Baroin. «Tant qu'on n'aura pas de médicaments ou de vaccin, il y aura des cohortes de personnes handicapées», assène-t-elle. Mais les essais cliniques en cours patinent. Pour tester les effets curatifs prometteurs de la chloroquine (composant de la Nivaquine, médicament utilisé d'habitude contre le paludisme), les cobayes doivent être en période de virémie (infection virale généralisée). Or ils ne sont pas assez nombreux aujourd'hui... Quant au vaccin, les espoirs reposent sur les travaux de chercheurs américains. Des essais pourraient débuter sur l'île en décembre-janvier, en plein milieu de l'été austral.

Laurent DECLOITRE

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Vendredi 10 juillet 2009
Fillon fait profil bas à La Réunion

Vendredi 10 juillet 2009

Par Laurent DECLOITRE
, La Réunion, de notre correspondant

DOM. Sur l’île, les états généraux de l’outre-mer ont été désertés par la population.


Deux semaines après le déplacement de Nicolas Sarkozy aux Antilles, François Fillon s'est rendu hier sur l'île de La Réunion pour suivre l'avancée des états généraux de l'outre-mer. Un déplacement moins risqué qu'en Guadeloupe : les Réunionnais ont manifesté dans le calme, en mars, pour réclamer une hausse des salaires et une baisse des prix. Alors que le collectif des organisations syndicales n'a obtenu que 150 euros de prime, contre 200 aux Antilles, la population s'est contentée de déserter les différents ateliers des états généraux, qui se soldent dans ce département de l'océan Indien par un flop.
Une atonie apparente qui a conduit le Premier ministre, hier à la mairie de Saint-Pierre, dans le sud de l'île, à la jouer consensuel : « Il n'est pas question d'une prétendue séparation, encore moins d'un quelconque largage ». Applaudi par un millier de militants UMP, François Fillon a rappelé que les Réunionnais, contrairement aux Martiniquais, veulent « les mêmes institutions, les mêmes droits et les mêmes devoirs » qu'en métropole, « ni plus ni moins ».
Pour autant, le chef du gouvernement, accompagné d'une brochette de ministres, était attendu. Bruyamment. Klaxons et sirènes ont retenti à son arrivée hier matin à l'aéroport de Saint-Denis. Les camionneurs de l'île réclament des mesures d'urgence : depuis le début de l'année, le secteur du BTP a perdu 4000 emplois, en raison de la diminution de la commande publique. Illustration avec la route des Tamarins, du nom d'un arbre endémique à La Réunion : 30 km de quatre voies, dont une partie couverte par des panneaux photovoltaïques, près de 3000 emplois et 1,1 milliard d'euros. L'un des plus gros chantiers de France. François Fillon l'a inaugurée hier, reconnaissant que la fin des travaux signifiait baisse d'activité. Mais, a-t-il rappelé, le plan de relance s'applique à La Réunion ; l'Etat a mobilisé 370 millions d'euros de crédits. Jean-Marie Le Bourvellec, patron de la fédération locale du BTP, estime avoir été « entendu au plus haut niveau » et demande maintenant de « se mettre au boulot ». Une confiance qu'il tempère à mi-voix en confessant n'avoir vu à ce jour « que 40 millions »...
S'il a par ailleurs félicité le jeune Réunionnais qui a obtenu 20,92 sur 20 au bac, le record de France, François Fillon n'a pu voir ni entendre les 348 assistants d'éducation de l'académie qui se retrouvent au chômage le mois prochain : ils ont été refoulés par les forces de l'ordre lors de son passage à Saint-Denis... « On n'est pas surpris, il n'était pas le bienvenu », lâche Marie-Hélène Dorr, de la FSU.
Dernière annonce : le Premier ministre engagera « très rapidement » auprès de la commission européenne des démarches pour intégrer La Réunion à l'espace Schengen. Ce qui devrait dispenser à terme les Réunionnais de devoir montrer leur passeport lorsqu'ils arrivent de métropole et atterrissent sur leur île, alors que les Roumains, par exemple, en sont dispensés lorsqu'ils visitent Paris.
(photo AFP)


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Vendredi 24 avril 2009
Crise de foi pour le fonds "charia"
Dans un article paru le mardi 15 avril 2008 dans Libé, j'évoquais le lancement d'un fonds "charia" par une banque de La Réunion. Un article du Quotidien du 24 avril 2009 nous apprend que cette première a finalement échoué ; les clients musulmans ont été remboursés.

Article du Quotidien du 24 avril 2009

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Mardi 14 avril 2009
Hersant largue les amarres du Journal de l'Ile

A La Réunion, de notre correspondant Laurent DECLOITRE

Mardi 14 avril 2009

Un autodidacte qui collectionne les Porsche, affrète le Concorde pour faire jouer le PSG à La Réunion, invite Zidane pour inaugurer un de ses hôtels, construit le plus grand -et le plus coloré- centre d'affaires du département... est sur le point d'acheter le Journal de l'île de La Réunion (Jir) au groupe Hersant. Abdoul Cadjee, 61 ans, rêvait de s'offrir le titre. « Je suis réunionnais, j'aime ce journal et j'aime les défis », lâche ce musulman habitué des cocktails mondains. Même si « rien n'est encore signé », le promoteur immobilier a présenté son projet au comité d'entreprise du journal et obtenu le feu vert de la rédaction. « Il a promis de respecter notre indépendance, de ne pas faire de plan social et de conserver la même ligne éditoriale », se rassure un des 60 journalistes que compte le quotidien.
Pourquoi Philippe Hersant, le président du Groupe Hersant médias, se sépare-t-il de l'un de ses 27 titres de presse quotidienne régionale ? Créé en 1951, le Jir a longtemps dominé, à droite, le paysage médiatique de La Réunion. Mais en 1976, le lancement du Quoditien, un journal indépendant, met fin à la rente de situation. « La Réunion est le seul département d'outre-mer où nous n'avons pas le leadership », reconnaît Thierry Massé, le directeur délégué du Journal de l'île. Depuis, avec un tirage de 30 000 exemplaires et une estimation de 20 000 ventes quotidiennes (le journal ne communique pas ses chiffres), le Jir, vendu 1€, n'est plus une si bonne affaire. « Les recettes publicitaires et des ventes sont en baisse par rapport à l'an dernier, même si le premier trimestre est encourageant », assume la direction. Par ailleurs, le journal et son site gratuit clicanoo doivent faire face à l'explosion des sites d'information sur l'île : rien à craindre de lequotidien, payant, ni, pour l'instant, des sites participatifs, comme noutreunion ou exprimanoo ; mais zinfos974, qui s'est lancé avec une véritable rédaction multimédias et linfo, émanation de la chaîne de télé privée Antenne Réunion, grignotent des parts de marché publicitaire.
Or le groupe Hersant a « besoin de liquidités », souligne  Thierry Massé, après le rachat -160 millions d'euros- à Lagardère, en 2007, de La Provence, Nice Matin, Var Matin, Corse Matin et Marseille Plus. La vente du Jir pourrait rapporter à Hersant 22 millions d'euros, chiffre qu'Abdoul Cadjee ne dément ni ne confirme.
L'accord, qui devrait être confirmé dans les prochains jours, intervient dans un contexte brouillé. Jacques Tillier, l'ex-pdg du Jir, avait marqué de son empreinte le journal. Cet ancien journaliste de l'hebdomadaire d'extrême droite Minute signait chaque samedi des éditos aux accents populistes redoutés par tous les décideurs de l'île, accumulant les procès en diffamation. Parti prendre la tête de l'Union de Reims, autre titre du groupe Hersant, il avait cédé sa place à son concurrent de toujours : l'ancien rédacteur en chef du Quotidien, tiré de sa retraite pour l'occasion ! La mayonnaise n'a pas pris, ce dernier a démissionné après une petite année. « C'est le bordel, vivement que je revienne ! », a posté Tillier sur un site local d'information...


A lire sur Libé.fr  
En préparant
cet article,
je suis tombé
sur un document étonnant : Jacques Tillier, alors journaliste
à Minute, interviewé
sur son lit d'hôpital
après avoir été blessé par balles par Mesrine. Voir.



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Dimanche 12 avril 2009
Dans un article publié le 5 mars 2009, le Journal de l'Ile de La Réunion se fait l'écho des apiculteurs, inquiétés par une "mouche bleue" vue près de leurs ruches. Cette Cibdela, originaire d'Indonésie, a été introduite en 2005. Les larves de ce qui est en fait une guèpe se nourrissent uniquement et seulement de la vigne marronne, une sorte de ronce, véritable peste végétale qui menace les espèces endémiques de l'île. L'introduction de l'insecte est d'ailleurs une réussite et les spécialistes assurent que la Cibdela ne fera pas concurrence aux abeilles "péi". L'occasion en tout état de cause de relire l'article paru dans Libé...en 2004 sur cette expérimentation.

                                   photo JIR
L'arme biologique contre les pestes végétales


L'île de la Réunion est envahie par des plantes introduites par l'homme, qui menacent un écosystème unique au monde. Des insectes vont être lâchés dans la nature pour en venir à bout.

De notre correspondant, Laurent Decloitre
31 août 2004


Munis de "sabres" -le nom donné aux coupe-coupe à La Réunion- des ouvriers de l'ONF luttent d'arrache-pied contre des ronces géantes, qui étouffent les fougères arborescentes et "bois de couleurs" de la forêt primaire de Bébour.
La "vigne marronne" est l'une des cent pestes végétales qui menacent la biodiversité de l'île tropicale. De l'orchidée au "bois puant", des espèces endémiques (uniques au monde) risquent de disparaître, parce que trop fragiles face à des plantes agressives, introduites par l'homme.
Certaines l'ont été par accident, dans les cargaisons des navires ; la plupart volontairement, pour des raisons économiques, fin 18ème, début 19ème. Le "goyavier" pour ses fruits rouges acidulés, le "choka" pour ses fibres transformées en corde. "Sans cela, rappelle Alain Brondeau, chef de l'unité spécialisée dans l'aménagement et la gestion durable de l'ONF, on n'aurait rien à manger aujourd'hui sur l'île : ni fruits, ni légumes". Les autres espèces ont été amenées sur Bourbon pour des raisons ornementales. "C'était la mode des jardins d'acclimatation. On voulait transformer la Réunion en nouvel Eden".
Péché original : les "tabac bœuf", "longose", "bringellier" et autres "liane papillon" ont été arrachées d'Amérique centrale, d'Inde, d'Asie du Sud-Est sans leurs ravageurs. En provenance de continents où régnait une forte compétition entre les espèces, où les insectes et les maladies régulaient leur développement, ces plantes exotiques n'ont trouvé aucun obstacle à leur expansion démesurée à la Réunion.

Lutte mécanique inefficace
Depuis une quinzaine d'année, l'ONF en a pris conscience et mène une lutte désespérée contre l'envahisseur. Toute l'année, les 640 ouvriers de l'office coupent, arrachent, traitent, brûlent fuchsia, "galabert", "doudoul"... Mais cette lutte mécanique ou chimique coûte très cher pour des résultats médiocres. Un bilan publié en septembre dernier a jugé qu'un tiers des méthodes de lutte de l'ONF sont "peu efficaces", voire "favorisent la propagation de l'espèce traitée" !
Les espoirs se portent aujourd'hui sur la lutte biologique. Un programme financé par la Région et l'Europe, plus compliqué -et risqué- qu'il n'y paraît. "L'idée est d'aller chercher dans les pays d'origine les ravageurs des pestes végétales", explique Christophe Lavergne, chef de projet au Conservatoire botanique national de Mascarin. Puis de ramener sur l'île ces prédateurs pour les lâcher dans la nature.
Le correspondant du groupe international Cabi Biosciences s'est rendu à cet effet au Sri Lanka, d'où est originaire le troène de Ceylan, une des pestes les plus redoutables de la Réunion. Parapluie japonais, aspirateur à bouche : autant d'outils pour prélever un maximum d'insectes et les étudier ensuite dans le complexe de recherches de Silwood Park, près de Londres. Tests génétiques, biologiques, de spécificité... La chenille d'un papillon, l'Epiplima Albida, est ressortie vainqueur de la compétition : elle ne mange que du troène et ne risquerait donc pas de s'attaquer à d'autres espèces à la Réunion.
A voir... Ces premiers résultats doivent absolument être vérifiés localement. Une prochaine étape du programme, d'ores et déjà franchie par le Cirad (Centre de coopération internationale en recherche agronomique), qui s'est lui penché sur le Rubus Alceifolius, la terrible "vigne marronne".
Thomas Le Bourgeois, malherbologue, a effectué trois missions sur l'île de Sumatra (Indonésie), d'où est originaire la peste. L' équipe de ce spécialiste des "mauvaises herbes" en a ramené la Cibdela Janthium.

Une guèpe bleue en renfort
D'une belle couleur bleu-noir métallisé, l'insecte donne naissance à des larves, ressemblant à des chenilles, qui raffolent des feuilles du Rubus. La Cibdela, de la famille des guêpes et des abeilles, a été acheminée à la Réunion il y a quatre mois à l'état de cocon. "Mais elle n'a pas de dard et ne pique pas", précise Thomas Le Bourgeois, craignant d'affoler les Réunionnais.
L'insecte est aujourd'hui élevé au pôle de protection des plantes de Saint-Pierre, au sud de La Réunion. Dans un blockhaus. Pour y entrer muni d'un badge, il faut traverser trois sas aux pressions positive puis négative, se déshabiller et enfiler une combinaison. La température, l'humidité et l'atmosphère sont contrôlées, les liquides qui sortent de ce phytotron sont traités au chlore, les solides à l'autoclave (120 degrés pendant vingt minutes). Il ne faut surtout pas que l'insecte s'échappe dans la nature, avant que l'on soit certain de son comportement. Si jamais la Cibdela se prenait d'appétit pour une espèce endémique, ou économique comme la canne à sucre, ce serait une catastrophe.
Par le passé, des "apprentis-sorciers" ont expérimenté la lutte biologique sans prendre toutes ces précautions : pour se débarrasser d'une peste animale, l'achatine, un énorme escargot en forme de coquillage, un escargot carnivore a été introduit. Il a délaissé la cible visée pour dévorer un petit escargot endémique !
Dans un an environ, après d'ultimes tests, un comité de pilotage décidera ou non de lâcher la Cibdela contre la vigne marronne. Puis ce sera le tour de l'Epiplima Albida contre le troène. Les espèces exotiques envahissantes ne disparaîtront pas pour autant du paysage réunionnais, mais leur développement sera contrôlé. Un répit pour l'ONF, qui cherche surtout aujourd'hui à éviter que de nouvelles pestes végétales n'apparaissent.
"Grâce à la coopération régionale, on découvre que des plantes d'apparence inoffensive peuvent devenir dangereuses au bout de plusieurs années", souligne Alain Brondeau. L'ONF vient d'apprendre que l'"icaquier" est une véritable plaie aux Seychelles. Or l'office avait planté lui-même l'arbuste dans la forêt de Bois-Blanc, au sud de l'île. L'erreur a été réparée, le pied arraché. Pour la première fois, une peste potentielle a été soignée à temps.

L'article a été publié à l'époque sous la signature de mon pseudo, Fabrice Mouton.

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