Vendredi 10 juillet 2009
Par Laurent DECLOITRE, La Réunion, de notre correspondant DOM. Sur l’île, les états généraux de l’outre-mer ont été désertés par la population.
Deux semaines après le déplacement de Nicolas Sarkozy aux
Antilles, François Fillon s'est rendu hier sur l'île de La Réunion pour suivre l'avancée des états généraux de l'outre-mer. Un déplacement moins risqué qu'en Guadeloupe : les Réunionnais ont
manifesté dans le calme, en mars, pour réclamer une hausse des salaires et une baisse des prix. Alors que le collectif des organisations syndicales n'a obtenu que 150 euros de prime, contre 200 aux
Antilles, la population s'est contentée de déserter les différents ateliers des états généraux, qui se soldent dans ce département de l'océan Indien par un flop.
Une atonie apparente qui a conduit le Premier ministre, hier à la mairie de Saint-Pierre, dans le sud de l'île, à la jouer consensuel : « Il n'est pas question d'une prétendue séparation,
encore moins d'un quelconque largage ». Applaudi par un millier de militants UMP, François Fillon a rappelé que les Réunionnais, contrairement aux Martiniquais, veulent « les mêmes
institutions, les mêmes droits et les mêmes devoirs » qu'en métropole, « ni plus ni moins ».
Pour autant, le chef du gouvernement, accompagné d'une brochette de ministres, était attendu. Bruyamment. Klaxons et sirènes ont retenti à son arrivée hier matin à l'aéroport de Saint-Denis. Les
camionneurs de l'île réclament des mesures d'urgence : depuis le début de l'année, le secteur du BTP a perdu 4000 emplois, en raison de la diminution de la commande publique. Illustration avec la
route des Tamarins, du nom d'un arbre endémique à La Réunion : 30 km de quatre voies, dont une partie couverte par des panneaux photovoltaïques, près de 3000 emplois et 1,1 milliard d'euros. L'un
des plus gros chantiers de France. François Fillon l'a inaugurée hier, reconnaissant que la fin des travaux signifiait baisse d'activité. Mais, a-t-il rappelé, le plan de relance s'applique à La
Réunion ; l'Etat a mobilisé 370 millions d'euros de crédits. Jean-Marie Le Bourvellec, patron de la fédération locale du BTP, estime avoir été « entendu au plus haut niveau » et demande
maintenant de « se mettre au boulot ». Une confiance qu'il tempère à mi-voix en confessant n'avoir vu à ce jour « que 40 millions »...
S'il a par ailleurs félicité le jeune Réunionnais qui a obtenu 20,92 sur 20 au bac, le record de France, François Fillon n'a pu voir ni entendre les 348 assistants d'éducation de l'académie qui se
retrouvent au chômage le mois prochain : ils ont été refoulés par les forces de l'ordre lors de son passage à Saint-Denis... « On n'est pas surpris, il n'était pas le bienvenu », lâche
Marie-Hélène Dorr, de la FSU.
Dernière annonce : le Premier ministre engagera « très rapidement » auprès de la commission européenne des démarches pour intégrer La Réunion à l'espace Schengen. Ce qui devrait dispenser
à terme les Réunionnais de devoir montrer leur passeport lorsqu'ils arrivent de métropole et atterrissent sur leur île, alors que les Roumains, par exemple, en sont dispensés lorsqu'ils visitent
Paris. (photo AFP)